Problèmes de la région

La cR d’Aït Ichou est parmi les communes les plus pauvres de la province de Khémisset (cf. carte de la pauvreté, HCP, 2005 en page 7). Cette commune figure ainsi parmi les communes rurales ciblées par le programme de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Cependant, elle n’a bénéficié d’aucun programme de développement social à même d’atténuer les effets de la pauvreté et de l’exclusion dont souffre la population depuis plusieurs décennies. A titre d’exemple, sur le plan infrastructures et services de base, le raccordement au réseau électrique et l’adduction en eau potable des  ménages du village de Tiliouine, chef-lieu de la commune, ont connu beaucoup de retard et ne sont pas encore achevés. De même, son réseau routier (essentiellement des pistes) devient impraticable durant la saison des pluies. Seul l’axe Khémisset-Tiliouine-Oulmès est goudronné (depuis 2004) et le village de Tiliouine est actuellement desservi par un transport commun (une quinzaine de sièges) à la fréquence d’une fois par jour. L’aménagement de cet axe routier a grandement contribué au désenclavement de la région et aura des retombées très positives sur son développement dans la mesure où il facilitera notamment les échanges commerciaux avec Khémisset, Oulmès, Meknès,…. Toutefois, en matière de santé, le village ne dispose toujours que d’une infirmerie, et les habitants sont contraints de se déplacer, le plus souvent, vers Khémisset (environ 80 km) pour des consultations médicales élémentaires, et la gestion des déchets domestiques (solides et liquides) au niveau du village n’est pas encore au programme. Les études secondaires n’étant pas assurées au niveau de la commune, ce qui oblige les élèves à émigrer vers Oulmès centre pour la poursuite des études. Cette situation aboutit généralement à l’un des deux scénarios suivants : l’émigration des autres membres de la famille ou le renoncement à la scolarisation des enfants. Le plus souvent, c’est la femme qui initie l’émigration pour la scolarisation de ses enfants mais également à la recherche d’un minimum de bien être pour elle et les membres de sa famille. En revanche, le mari demeure généralement sur l’exploitation avec le Rebbae (berger) et n’opte pour l’émigration qu’en cas de contrainte majeure (maladie chronique, absence de ressources suffisantes, absence de main d’œuvre, …). ce scénario alourdit davantage la trésorerie des ménages dans la mesure où le chef de famille doit subvenir aux besoins des deux foyers.

Cette précarité des conditions de vie des habitants de cette commune rurale d’une part, et la marginalisation sociale de celle-ci d’autre part, ont favorisé une forte migration de la population en direction d’autres régions du royaume, notamment les régions de Berkane et d’Agadir pour le travail journalier dans des exploitations agricoles (arboriculture et maraîchage), ou tout simplement d’Oulmès centre.  Un grand nombre des habitants de la CR d’Ait Ichou se sont déjà installés au quartier dit ‘Chichane’ à Oulmès dans des logements insalubres sans eau ni électricité.

Il importe toutefois de nuancer que toute la population de la CR d’Ait Ichou ne présente pas le même degré de vulnérabilité vis-à-vis de la pauvreté et de l’exclusion sociale. En effet, certains ménages ont pu surmonter les nombreuses contraintes déjà citées et ont mis en œuvre des projets générateurs de revenus durables tels que des commerces et des élevages semi-intensifs. Cette catégorie de la population est celle qui dispose de capitaux financier et humain suffisants. En revanche, les ménages ne disposant pas de ces avoirs mènent généralement une vie très précaire et/ou demeurent des candidats à l’exode. Parmi ces derniers, figurent les familles gérées par des veuves qui sont, de loin, les ménages les plus vulnérables, et ce pour les  raisons suivantes. D’abord, la nature des activités qui prédominent dans la zone, qui sont essentiellement des activités masculines (labour, moisson, élevage des grands animaux et gardiennage du cheptel, …), exclut la femme d’une façon générale de par la tradition et limite sa fonction à la gestion interne du foyer et, ensuite une veuve est généralement condamnée, à la longue, à mener une vie solitaire et à se prendre en charge lorsque ses enfants auront fondé leurs propres ménages.  Les couples n’ayant pas d’enfants, entrent également dans la catégorie des personnes les plus vulnérables.

Face à cette situation sociale, notre association s’est engagée, depuis sa création, dans le processus de développement de cette commune rurale et ce par l’assistance des ménages vulnérables à monter et à mettre en œuvre des activités génératrices de revenus durables et à diversifier dans la mesure du possible leurs productions.

Au bilan la région présente les caractéristiques suivantes :

Zone marginalisée ;

Déficit marqué en infrastructure et services sociaux de base ;

Disparités de genre très prononcées ;

Prédominance des élevages extensifs sur parcours forestiers ;

Faible rentabilité des élevages ;

Revenus faibles des éleveurs ;

Chômage et émigration des jeunes ;

Exode rural ;

Dégradation des ressources forestières ;

Faible taux de scolarisation des enfants ;

Fréquence élevée des carences nutritionnelles chez les habitants ;

Faible encadrement sanitaire du cheptel.

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